Yinka Shonibare : Tisser les Paradoxes de l’Empire

Il existe un paradoxe fascinant au cœur de l’œuvre de Yinka Shonibare CBE : les tissus wax africains qu’il utilise pour habiller ses mannequins historiques ne sont pas originaires d’Afrique. Ces imprimés colorés — que l’on associe universellement aux cultures africaines — sont en réalité d’origine hollandaise, manufacturés par des entreprises européennes au XIXe siècle pour être vendus aux colonies. Cette complexité historique, cette identité fabriquée et appropriée, est au cœur de l’interrogation artistique de Shonibare.

Des Mannequins sans Tête dans l’Histoire

Né à Londres en 1962 de parents nigérians, Shonibare a développé une pratique artistique pluridisciplinaire — sculpture, installation, photographie, film — centrée sur l’utilisation de ces tissus wax pour réinterpréter des épisodes de l’histoire coloniale et de la culture aristocratique victorienne. Ses mannequins sans tête, vêtus de costumes d’époque réalisés en tissus wax, rejoués des scènes de peintures célèbres de Gainsborough, de Fragonard, de Watteau.

“Je veux rendre visible ce qui a été rendu invisible — montrer comment l’Afrique a toujours été présente dans la modernité européenne.” — Yinka Shonibare

Un Statut International Reconnu

Nominé pour le Turner Prize en 2004, Member of the British Empire (MBE) puis Commander of the British Empire (CBE), Shonibare figure dans les collections permanentes de la Tate, du Victoria & Albert Museum, du Brooklyn Museum et de dizaines d’autres institutions. Ses œuvres se négocient régulièrement entre 200 000 et 2 millions de dollars aux enchères.

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